Radar de la semaine – Semaine 9

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  1. NVIDIA
  2. HEIDELBERG MATERIALS

ACTIONS AMERICAINES

Lost in wonder lands :

Dislocation boursière et destruction créatrice

  • Les publications financières cette semaine de deux poids lourds des technologies de l’information Salesforce, le 3eme plus gros Ă©diteur de logiciel professionnel en CA et Nvidia, le plus gros vendeur de semi-conducteurs en valeur au monde n’ont pas conduit Ă  renverser la dislocation boursière Ă  l’œuvre depuis l’étĂ© dernier et qui a accĂ©lĂ©rĂ© depuis le dĂ©but de l’annĂ©e. Depuis le 31.10.2025 le S&P500 progresse seulement de 1% et 127 valeurs progressent de plus de 20%, 84 valeurs baissent de plus de 10%, 70% des valeurs affichent des performances positives. Cette vague de destruction de valeur boursière est concentrĂ©e sur les Ă©diteurs logiciels applicatifs, de systèmes informatiques et du conseil qui baissent depuis de le dĂ©but de l’annĂ©e de -25%, -18% et -21%. Parmi elles Adobe (-26%), Microsoft (-17%) ou encore IBM (-20%) et Accenture (-22%). L’indice Bloomberg Leverage Loan Technology (crĂ©dit privĂ©) baisse Ă©galement de 5% depuis le dĂ©but de l’annĂ©e.
  • A notre avis trois Ă©lĂ©ments principaux expliquent la dislocation actuelle : 1- les Ă©normes investissements pour construire les centres de donnĂ©es d’IA 2- Le phĂ©nomène de la destruction crĂ©atrice liĂ© Ă  la grande marche en avant d’Anthropic, OpenAI 3- le levier financier du private equity investi sur les Ă©diteurs de logiciels et financĂ© par le crĂ©dit privĂ©.
  • L’encours de crĂ©dit privĂ© exposĂ© au secteur de la technologie de l’information est estimĂ© autour de 300 Mds$ selon Bloomberg et compte tenu des ratios de levier supposĂ©ment pratiquĂ© entre 1.3x et 2x, le segment technologique privĂ© avait probablement une valeur entre 600 Ă  1200 Mds$.
  • Ensuite, les investissements en infrastructure IA devrait atteindre 3 Ă  4 mille milliards selon Nvidia en 2030 estimĂ© en octobre 2025, soit 6x plus que l’industrie du pĂ©trole et du gaz en 2025, un montant particulièrement saisissant.
  • Enfin la destruction crĂ©atrice semble bien Ă  l’œuvre Ă  MainStreet. Le chiffre d’affaires annualisĂ© d’Anthropic s’élève Ă  14 Mds$ et est valorisĂ© 380 Mds$ en fĂ©vrier 2026. OpenAI a dĂ©passĂ© les 20 Mds$ de CA annualisĂ© en 2025 pour une prochaine valorisation selon le FT de 750Mds$. Ces deux entreprises ne comptent que quelques milliers de salariĂ©s et gĂ©nèrent Ă  elles deux quasiment autant de CA que Salesforce. Le 25-02-2026, Block une entreprise technologique de paiement du S&P500 gĂ©nĂ©rant 24 Mds$ de chiffre d’affaires annonce se sĂ©parer de 4000 salariĂ©s, soit 40% de sa masse salariale grâce Ă  la productivitĂ© des nouveaux outils d’intelligence Ă  sa disposition.
  • Le chiffre d’affaires de Nvidia a progressĂ© au T4-25 de 20% par rapport au T3-25, et il devrait progresser Ă  nouveau de 15% au T1-26 pour atteindre 78 Mds$. Au cours de l’annĂ©e Nvidia a gĂ©nĂ©rĂ© quasiment 100 Mds$ de free cash flow, soit 45% de son chiffre d’affaires. Par ailleurs la valorisation de Nvidia est tout sauf excessive : 22.5x ses rĂ©sultats prĂ©vus pour 2026. Depuis 2016, le CA de la division centres de donnĂ©es double tous les 2,5 ans.
  • Dans ce contexte, comment expliquer la prudence des investisseurs Ă  propos de Nvidia ?
    D’abord, rappelons-nous que l’ascension de Google après l’introduction en bourse de 2004 et celle d’Apple post lancement de l’Iphone en 2007 ont aussi été accueillis avec prudence par les investisseurs. Le cours de bourse de Google a été multiplié par 7 entre 2004 et 2010, son bénéfice par 21x et son multiple de valorisation de bénéfices (PE) est passé de 50x à moins de 20x. Entre 2007 et 2012, alors que le bénéfice d’Apple a été multiplié par 16, le cours de bourse n’a été multiplié que par 8, et sa valorisation est passée de 30x à 10x. Concernant Nvidia, qui a créé un véritable nouveau marché comme Apple et Google, les investisseurs observent la même retenue. Depuis 2014, le PE de Nvidia est en moyenne de 31x, le cours de bourse a été multiplié par 492, le BPA par 364, et le PE est actuellement de 22.5x.

    Deux questions fondamentales se posent aux investisseurs :
    La première est de savoir si le marché de Nvidia est un marché Winner-takes-all ou un marché qui sera partagé de manière équilibré entre plusieurs acteurs. Sur le marché des processeurs de calcul, la plupart du temps, c’est un marché Winner-takes-all : ce fut le cas avec Intel dans les années 90’s avec les fameux Pentium, puis d’Intel dans les centres de données jusqu’au millieu des années 2010, d’Arm sur le mobile ou des belles années du mainframe d’IBM, de Nvidia pour les cartes graphiques. Aucun signe ne montre que Nvidia ait perdu son leadership technologique dans les révolutions informatiques en cours ou à leur prémisse.

    La deuxième est le scepticisme sur la soutenabilité de la croissance des investissements en infrastructure IA, qui croissent pour l’instant plus rapidement que les cash-flow générés. Anthropic et OpenAI doivent par exemple encore compter sur des augmentations de capital importantes (30 Mds$ récemment pour Anthropic et 100 Mds$ présumés prochainement pour OpenAI) pour financer leur capacité de calcul. Toutefois, avec une demande multipliée par 10x en 2025, il semble normal que la croissance ne soit pas encore autofinancée, même sur une activité très rentable.

    A notre avis, la création de valeur de l’IA est bien réelle, Nvidia reste encore une valeur incontournable sur la base de sa valorisation. Nous croyons leurs clients qui répètent que leurs investissements sont rationnels au vu de la demande, loin de l’exubérance irrationnelle des années 2000.

ACTIONS EUROPEENES

Heidelberg Materials, des fissures dans le modèle ?

  • L’allemand Heidelberg Materials (l’un des principaux producteurs mondiaux de ciment et granulats), parmi les meilleurs performeurs du DAX en 2025 (+90%), chute de plus de 20% depuis un mois, les discussions autour d’une rĂ©forme du système europĂ©en d’échange de quotas (ETS, Emissions Trading System, mis en place en 2005) inquiĂ©tant les investisseurs. Il serait question de prolonger l’attribution gratuite de quotas de CO2 au-delĂ  de 2034 ainsi que d’une mise aux enchères de quotas supplĂ©mentaires au-delĂ  de 2039. Certains pays, notamment l’Italie, militent mĂŞme pour la suspension temporaire de l’ETS. Le chancelier allemand, F. Merz, a Ă©tĂ© un des premiers Ă  revendiquer un assouplissement du système de quotas, gageons que le lobbying de l’industrie chimique allemande, secteur « pollueur Â» en grande difficultĂ©, a fait pression en ce sens. ConsĂ©quence directe de ces atermoiements, les prix du CO2 ont chutĂ© de plus de 20%. La Commission EuropĂ©enne devrait prĂ©senter une proposition de rĂ©forme en juillet (avec des options annoncĂ©es lors du Conseil europĂ©en de mars), en parallèle de la rĂ©vision dĂ©jĂ , prĂ©vue de l’ETS dès 2030.
  • Heidelberg Materials est ainsi malmenĂ© en bourse car son leadership en matière de dĂ©carbonation est au cĹ“ur de sa thèse d’investissement. Le groupe a une empreinte carbone plus faible que le secteur, grâce Ă  ses nombreux efforts pour rĂ©duire la part de clinker dans ses ciments et est pionnier avec, en Norvège, la première installation de captage et stockage du carbone Ă  l’échelle industrielle. Les investisseurs s’inquiètent donc qu’Heidelberg, qui est bas sur la courbe des coĂ»ts carbone, ne perde un avantage compĂ©titif clĂ©, que la baisse du prix du C02 n’affaiblisse les prix du ciment en diminuant la discipline de l’offre puisque les producteurs les moins efficaces pourront continuer Ă  produire. Bref, un retour Ă  la pression sur les prix.
  • Pour autant, son management ne se montre pas inquiet face Ă  un dĂ©calage de la rĂ©gulation ETS, ne s’attend pas Ă  un abandon du système et signifie que rien n’indique que la demande pour ses produits bas carbone soit en train de ralentir. Pragmatique, le groupe gardera une stratĂ©gie de dĂ©carbonation flexible face Ă  ces incertitudes, indiquant que sa prioritĂ© reste la discipline financière, Ă©valuant le rendement des projets en fonction du prix du CO2 (il ajustera donc ses investissements si les hypothèses de prix du C02 Ă©voluent) et en continuant la rationalisation de ses capacitĂ©s (deuxième vague imminente) pour maintenir son leadership en terme de coĂ»ts.
  • En parallèle du bruit sur les quotas, Heidelberg publie, au titre de 2025, une croissance organique +1% et 50% d’amĂ©lioration de sa marge d’EBITDA (21,8%). MalgrĂ© des marchĂ©s de la construction encore difficiles  (4ème annĂ©e consĂ©cutive de baisse des volumes) le groupe a de nouveau enregistrĂ© une croissance de ses bĂ©nĂ©fices grâce Ă  une solide gestion de sa rentabilitĂ© et Ă  sa capacitĂ© Ă  investir dans des opportunitĂ©s de croissance ciblĂ©es. Depuis 2022 en effet, l’exĂ©cution du groupe est remarquable : le rĂ©sultat opĂ©rationnel a progressĂ© de plus de 1 Md€ malgrĂ© un effet volume nĂ©gatif cumulĂ© de 1 Md€, grâce Ă  la gestion des prix/coĂ»ts et Ă  la croissance externe. Cela illustre bien le fort effet de levier dont il pourra bĂ©nĂ©ficier quand les volumes rebondiront, d’autant que le groupe poursuit son programme d’économie de coĂ»ts et devrait dĂ©passer son objectif de 500 M€.
  • Les prĂ©visions 2026 sont Â« prudentes Â» selon les termes du management, n’intĂ©grant pas explicitement d’amĂ©lioration des marchĂ©s sous-jacents (croissance organique du rĂ©sultat opĂ©rationnel de 6%, contribution M&A de 1 Ă  2% et effet de change nĂ©gatif de 3%), avec des perspectives contrastĂ©es selon les rĂ©gions : aux Etats-Unis (oĂą les volumes sont faibles depuis 2 ans), le marchĂ© rĂ©sidentiel (30% de son CA) devrait rester faible mais compensĂ© par la dynamique des infrastructures (40%) ; en Europe, l’Europe du Sud et de l’Est devraient afficher une bonne croissance des volumes, le groupe attend une reprise en Allemagne et en Europe du Nord quand il espère en Asie Pacifique une bonne dynamique sauf en Chine et en IndonĂ©sie oĂą les volumes devraient rester faibles. CĂ´tĂ© prix, la contribution devrait ĂŞtre positive pour le ciment en Europe et les granulats aux Etats-Unis ; le prix US du ciment, an baisse en 2025 compte tenu des pressions liĂ©es aux importations, devraient s’amĂ©liorer.
  • Fort d’un bilan solide (DN/EBITDA 1,2x, après une phase de dĂ©sendettement massif) Heidelberg Materials devrait accĂ©lĂ©rer les acquisitions en 2026 tout en poursuivant ses retours aux actionnaires (3ème tranche du programme de rachat d’actions, 450 M€). IdĂ©alement positionnĂ© pour profiter d’une reprise future des volumes en Europe, du plan d’infrastructure allemand dès le deuxième semestre 2026, le groupe affiche dĂ©sormais des multiples de valorisation attractifs, avec un PER 2027 de 12,4x (19,9x actuellement pour Holcim), sans grand changement des estimations de bĂ©nĂ©fices. MalgrĂ© la volatilitĂ© court terme (au moins jusqu’à cet Ă©tĂ©) et les risques baissiers liĂ©s Ă  de potentiels changements du système ETS, la demande structurelle long terme restera boostĂ©e par le besoin de matĂ©riaux de construction lourds compte tenu des dĂ©ficits rĂ©sidentiels et d’infrastructure dans les rĂ©gions clĂ© oĂą le groupe opère.

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