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Adobe : value trap ?
- Adobe a publié de bons résultats financiers le 12-03-2026, pourtant le titre a baissé de 7% le lendemain, portant sa baisse depuis le début de l’année à 30% et 37% sur un an en dollar. Adobe est leader sur un ensemble de logiciels de création numérique. Parmi les plus connus Acrobat, Photoshop, Premiere, Lightroom…
- Adobe continue d’afficher des chiffres de croissance honorable au dernier trimestre publié : CA hors change en croissance de 11%, CA à reconnaitre pour les 12 prochains mois en progression de 11%, résultat opérationnel ajusté en hausse de 12%. Adobe croit également sa large base d’utilisateurs actifs mensuels : 850 millions, soit +17% en glissement annuel. Adobe compte 80 millions d’utilisateurs « freemium », vivier d’utilisateurs payants demain, en progression de 50%. Adobe est très rentable : la marge opérationnelle ajustée est de 47,4% au dernier trimestre, la génération de cash disponible à l’actionnaire est très importante 40% de son CA, la société n’est pas endettée et rend l’ensemble de son FCF à l’actionnaire, soit 12% de sa capitalisation boursière. Pourtant, le titre est au plus bas depuis 2019 et sa valorisation est celle d’une société sans croissance.
- La défiance des investisseurs n’est pas récente. Adobe, une des valeurs logicielles stars, grâce à sa transition réussie de son business model vers le SaaS dans les années 2010, est devenu un ange déchu le 15 septembre 2022. Ce jour-là, le management annonce l’acquisition non finalisée de Figma pour un montant jugé disproportionné par les investisseurs (>50x le CA pour 20 Mds$). A cela s’ajoute une concurrence nouvelle d’éditeurs comme Canva, qui s’adressent au grand public, le marché d’avenir d’Adobe après avoir conquis les professionnels de la création.
- La défiance des investisseurs s’est accentuée avec l’irruption de l’IA génératrice qui ralentirait voire détruirait son activité d’édition de logiciel de création. Comment ? Adobe pourrait ne pas être en mesure d’augmenter ses prix sans perdre de clients. Or, la hausse des prix a pourtant été un moteur important de sa croissance ces-dernières années. Ensuite, le métier des créateurs professionnels rompus à l’utilisation des suites logicielles Adobe pourrait être en voie de disparition avec l’usage des nouvelles solutions modernes d’IA génératrice d’images, sons, videos (MetaAI, Midway, Nano banana, Sora, Runway…). Rappelant alors la disparition des maréchaux-ferrants au début du XXième siècle, la disparition du minitel, des annuaires, de Kodak, et bien d’autres métiers et produits.
- Qu’est ce qui pourrait juguler la baisse du titre ? L’accélération de la contribution de l’IA génératrice à son bénéfice est une voie possible. Toutefois, Adobe semble jouer plutôt un rôle de distributeur dans cette activité. Adobe n’est ni un leader dans l’infrastructure IT, ni dans les modèles d’IA d’avant-garde. Bien que l’IA devrait contribuer autour de 500M$ en 2026, cette nouvelle activité est probablement dilutive pour les marges.
- En conclusion, les investisseurs anticipent une disruption majeure de l’industrie logicielle dans les années à venir. Le cours de bourse d’Adobe en est exemple frappant. Nous préférons à ce stade rester à l’écart et nous concentrer sur les sociétés dont le business model n’est pas autant fragilisé par la nouvelle concurrence de l’IA génératrice.

