Radar de la Semaine – Semaine 6

Partager

  1. WALL STREET, MAIN STREET, ET LE LEVIER FINANCIER
  2. SAP ET LA DEBACLE BOURSIERE DES GROUPES DE LOGICIEL

ACTIONS AMERICAINES

Wall Street, Main Street et le levier financier

  • Cette semaine s’est cristallisĂ© en bourse trois sources d’inquiĂ©tudes lancinantes depuis au moins l’étĂ© dernier : la menace de l’IA sur les Ă©diteurs traditionnels de logiciel, les craintes d’un levier financier excessif dans le crĂ©dit privĂ©, en particulier sur le secteur des logiciels rĂ©cemment et les doutes de certains investisseurs sur la rentabilitĂ© des investissements colossaux des hyperscalers.
  •  L’IA gĂ©nĂ©ratrice des robots conversationnels et des robots agentspermettent de d’ores et dĂ©jĂ  rĂ©aliser des gains de productivitĂ© aux cols blancs. Moult exemples dans notre quotidien permet de nous en convaincre. Toutefois, ces dĂ©ploiements se font Ă  tâtons et n’offre pas toujours une rentabilitĂ© immĂ©diate. Jamie Dimon en avertit les investisseurs dans son confĂ©rence tĂ©lĂ©phonique de ses rĂ©sultats du T4-2025.  Dans une interview rĂ©cente à TheEconomist, Bret Taylor reprenait un article de Wired de 1997 indiquant que certaines banques avaient investi 20-50 m$, un montant qui parait excessif aujourd’hui, pour dĂ©velopper un site internet donnant accès aux comptes de leurs clients. Trente ans plus tard, la suite des robot agents Cowork, annoncĂ©e le 12.01.2026 par Anthropic, a eu l’effet d’une Ă©tincelle en bourse. Puis une suite de nouveaux lancements de produits d’Anthopric cette semaine a Ă©tĂ© le catalyseur d’une nouvelle baisse des valeurs du logiciel.
     
  • Par ailleurs, le marchĂ© du crĂ©dit privĂ© aux Etats-Unis Ă  taux variable pour des Ă©metteurs de faible qualitĂ© de crĂ©dit (US Leveraged Loan), dont la valeur est de 1 400 Mds $ selon Bloomberg a corrigĂ© depuis mi-janvier, en particulier, le segment technologique valant un peu plus de 272 Mds$. L’indice Bloomberg US Leverage loan Index Technology est passĂ© de 95 Ă  91.2 entre le 12-01-2026 et 05-02-2026. Selon Bloomberg, les prĂŞts sous tension du secteur technologique reprĂ©senteraient 14% du secteur aujourd’hui, tout juste en deçà du niveau record de fin 2022 plus de 16%.
     
  • Enfin, ces derniers jours les publications des hyperscarlers (Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon), qui reprĂ©sentent 17% de la capitalisation du S&P500, ont pour la plupart mal Ă©tĂ© accueillies par les investisseurs. Bien queleurs Cash Flow OpĂ©rationnels (cash disponible avant investissement) progressent fortement, leurs investissements reprĂ©sentent une part toujours plus importante de ces derniers. Par exemple, Alphabet a publiĂ© un CFO en hausse de 40 Mds$ Ă  165 Mds$, mais une hausse de ses investissements de 40 Mds$ Ă  91 Mds$ en 2025. Pour 2026, ces entreprises accĂ©lèrent encore leurs investissements. Au total en 2026, ces quatre entreprises projettent d’investir plus de 600 Mds$, soit 30 Mds$ de plus que l’industrie du pĂ©trole et du gaz en 2025 selon l’IEA.
     
  • Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, nous observons donc la poursuite d’une puissante rotation sectorielle Ă  l’œuvre depuis la fin de l’étĂ© dernier en faveur des entreprises non liĂ©es directement Ă  l’IA et plus traditionnelles. Ces-dernières profitent d’une part d’une conjoncture Ă©conomique globalement favorable et d’autre part d’une certaine dĂ©fiance des investisseurs vis-Ă -vis des leaders de l’IA. Ces-derniers retrouveront des vents favorables Ă  mesure de la progression de leur FCF ou de la preuve tangible de la rentabilitĂ© de leurs investissements. Dans l’intervalle, nos investissements se concentrent sur des grandes entreprises cotĂ©es dont l’endettement est soutenable voire un bilan en trĂ©sorerie nette contrairement à certains actifs privĂ©s dont le levier financier semble excessif dans certains secteurs.

ACTIONS EUROPÉENNES

SAP et la débâcle boursière des groupes de logiciel

  • Depuis plus d’un an, nous assistons Ă  une dĂ©saffection boursière massive des groupes de logiciels, qui s’est encore accentuĂ©e dĂ©but fĂ©vrier lors de la publication de SAP, au timing malheureux (le mĂŞme jour que celle de Microsoft), jour noir pour les autres acteurs du secteur, Oracle, Salesforce, Workday ou encore Intuit. Depuis un an, SAP sous-performe de 50% le DAX ; son poids au sein de l’indice (10%) est dĂ©sormais le deuxième derrière Siemens AG. Les craintes liĂ©es Ă  l’IA ont enclenchĂ© une rotation du logiciel vers les semi-conducteurs.
  • Quels sont les enseignements de la publication de SAP, les rĂ©sultats permettent-ils de matĂ©rialiser les craintes de disruption de l’IA qui pèsent sur le secteur? La dĂ©ception de la publication provient principalement de lacroissance 2025 du carnet de commandes Cloud (CCB) Ă  +25%, en ralentissement par rapport aux 29% de fin 2024 et dans un contexte oĂą le management suggĂ©rait, en dĂ©cembre dernier, qu’un chiffre infĂ©rieur Ă  26% serait dĂ©cevant… SAP rassure en indiquant qu’aucun client n’a retardĂ© une migration vers son S4 Cloud Ă  cause de la montĂ©e en puissance de l’IA, au contraire, deux tiers des commandes du T4 incluaient de l’IA (90 % des grands contrats). Ce dĂ©calage est donc plutĂ´t imputable Ă  un contexte macroĂ©conomique et gĂ©opolitique compliquĂ© qui leur faire prendre du retard dans la reconnaissance de certains contrats, et ce, depuis juin dernier. Enfin, le management prĂ©cise que le ralentissement attendu en 2026 du CCB sera nettement infĂ©rieur Ă  celui de 2025.
  • Le marchĂ© doit donc intĂ©grer une vision un peu plus prudente sur la croissance du Cloud en 2026 (prĂ©visions entre 23-25%), certes clĂ© pour la thèse d’investissement, nĂ©anmoins n’impliquant qu’un changement marginal des prĂ©visions et surtout ne mĂ©ritant pas une valorisation (PER 2027e tombĂ© Ă  20x !) infĂ©rieure Ă  celle que le groupe avait lorsqu’il avertissait en 2020 devoir faire face Ă  trois annĂ©es de faible croissance ! 

  • Il faudra certainement du temps pour que le secteur se stabilise et valide ce que SAP s’efforce Ă  expliquer, Ă  savoir que la plupart de ses clients s’appuient sur eux pour faire fonctionner les applications d’IA. En attendant, le groupe, qui a annoncĂ© un programme de rachats d’actions de 10 Md€ à rĂ©aliser d’ici fin 2027, confirme que la transition vers le cloud progresse bien, permettant ces prĂ©visions de chiffre d’affaire en croissance Ă  deux chiffres et une amĂ©lioration des marges.
  • MĂŞme si le sentiment de marchĂ© est actuellement clairement nĂ©gatif, SAP a un positionnement unique dans le logiciel europĂ©en avec une croissance Ă©levĂ©e et prĂ©visible associĂ©e Ă  un potentiel significatif d’amĂ©lioration de sa rentabilitĂ©.
  • La rĂ©action du marchĂ© est excessive, pour preuve d’ailleurs le rebond du titre lors des sĂ©ances suivantes, dans un contexte de forte volatilitĂ©. Il faut ĂŞtre bien conscient qu’en ce moment les fondamentaux passent au second plan et qu’il serait pĂ©rilleux de lutter contre un momentum boursier nĂ©gatif. Tant que les publications seront des catalyseurs de dĂ©valorisation quelle que soit la performance opĂ©rationnelle, il serait vain de ramasser ces couteaux qui tombent… Gardons nĂ©anmoins en tĂŞte que « la règle des 40 »(croissance du chiffre d’affaires + marge opĂ©rationnelle = 40%), le graal pour les groupes de logiciels, semble atteignable par SAP Ă  horizon 2030 : le mix vers davantage de cloud va mĂ©caniquement augmenter la croissance (et l’impact de la baisse des licences se tarira avec le temps), les marges seront Ă©galement aidĂ©es par les gains d’efficacitĂ© liĂ©es Ă  l’IA. La croissance de SAP sera boostĂ©e par l’adoption, par ses clients, de l’IA et de son offre de Business Data Cloud qui constitue justement une base solide pour dĂ©ployer l’IA. Le management de SAP martèle : « nous gagnons des contrats grâce Ă  l’IA. Nous n’en perdons pas Ă  cause de l’IA ».

Disclaimer

L’investissement comporte un risque de perte en capital. Les données et informations contenues dans la présente publication sont fournies à titre purement informatif. Les informations figurant dans ce document ne constituent ni un conseil financier, juridique ou fiscal, ni une offre, un conseil en investissement, une recherche en investissement ou une recommandation d’achat ou de vente d’un produit ou service financier. Ce document a été élaboré par les entités du Groupe Banque Richelieu. Les informations qu’il contient peuvent être incomplètes et sont susceptibles d’être modifiées à tout moment, sans préavis. Les informations proviennent de sources considérées comme fiables et sont donc présumées exactes à la date de publication. Toutefois, aucune garantie expresse ou implicite n’est donnée quant à leur exhaustivité, exactitude, authenticité, actualité, pertinence ou validité, et le Groupe Banque Richelieu décline toute responsabilité à cet égard ou pour toute utilisation qui pourrait en être faite. L’utilisateur de ces informations assume l’ensemble des risques liés à leur usage. Les investisseurs potentiels doivent procéder à leur propre analyse des aspects juridiques, fiscaux, comptables et réglementaires de chaque opération, le cas échéant avec l’assistance de leurs conseils habituels, afin d’en évaluer les avantages, les risques et la pertinence au regard de leur situation financière personnelle. Ils ne doivent pas se reposer sur le Groupe Banque Richelieu à cet effet.

Les informations relatives à la performance d’un titre ou d’un instrument financier se réfèrent toujours au passé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les données, prévisions, évaluations et analyses ne doivent pas être considérées comme une indication ni comme une garantie d’analyse, de prévision ou de projection de performances futures. Sans que cela soit limitatif, aucun membre du Groupe Banque Richelieu ne saurait être tenu responsable de quelque dommage que ce soit. Il est interdit de copier, publier, distribuer, transmettre ou reproduire, en tout ou partie, les informations, contenus, textes et illustrations figurant dans la présente publication.

Plus d'articles